lundi 26 novembre 2012

Florange: quelle stratégie pour l'après-Mittal?


Quelle drôle d'idée. Forcément populiste? Ou forcément intelligente? Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, imaginerait nationaliser temporairement le site d'ArcelorMittal à Florange, ce qui signifie la filière à froid et la filière à chaud alors que l'industriel indien ne veut se séparer que des activités de la deuxième.

Quelle drôle d'idée parce que pour jauger de la pertinence de ce sauvetage à tout prix - à tout prix - il faudrait commencer par comprendre le point de vue de Lashki Mittal: face à la contraction du marché de l'acier, lié à la crise économique, ArcelorMittal a décidé de fermer ses sites qui ne sont pas directement en bord de mer puisque la bobine d'acier y coûte - je n'ai pas retrouvé le replay de cet excellent sujet de France Inter - 20 euros de plus la tonne. Il ne garde que la filière froide pour deux raisons:
  1. Les activités de la cockerie vont directement alimenter le site de Dunkerque qui en a un besoin vital.
  2.  Les activités d'acier fini aussi pour les besoins de l'industrie automobile.

Nationaliser la totalité du site doit permettre à un repreneur potentiel de ne pas devoir se contenter de reprendre une activité qui n'a pas vraiment d'avenir compte tenu du contexte économique qui n'est guère favorable. Ca veut dire:
- légalement éjecter un industriel, bonjour la dimension légale,
- deuxièmement injecter de l'argent public pour offrir le site à un repreneur avec la moitié du site qui n'a pas d'avenir dans le contexte mondial.Comme si le repreneur de ce site se retrouvait ensuite dans la configuration de pouvoir faire mieux que le premier producteur mondial d'acier...

C'est ce que dit en d'autres mots Patrick Geoffron, du centre géopolitique de l'énergie.

La réalité, c'est qu'avec une année 2013 qui s'annonce encore plus difficile que 2012, il y a fort à parier que l'Etat ne reverra jamais son emploi mais qu'il n'obtiendra qu'un sursis en terme d'emplois. Le portrait robot de cette perle rare pour ce projet scabreux a été dessiné, comme indique Alain Morvan pour le RL.

Fait assez rare pour être relevé, il y a en Lorraine une union sacrée autour de cette nationalisation temporaire puisque les principaux élus de la région, tout bord politique confondu, ont signé lundi matin une lettre au président français, François Hollande, pour lui demander de choisir cette option.

Parmi les candidats à cette opération, le Russe Severstal est le plus souvent cité, même s'il a déjà dépensé beaucoup d'argent en investissement, notamment aux Etats-Unis, où semble concentrée son évolution. Le seul intérêt pourrait venir des débouchés pour le secteur automobile, avouez que c'est maigre... Les Echos rappellent d'ailleurs comment Arcelor avait utilisé le Russe pour mieux négocier avec l'Indien...

Pourquoi Mittal laisse-t-il entrevoir d'autres licenciements dans le cas de cette nationalisation forcée? Parce que le site de Dunkerque vit grâce aux produits de cockerie de Florange. Et aussi grâce aux aciers finis, principalement pour l'industrie automobile, qui viennent de Lorraine. Deux aspects qui feraient de Dunkerque un site nettement moins intéressant...

Et du coup, M. Montebourg s'enflamme, souhaitant qu'il n'y ait plus de Mittal en France.. Doublement dangereux: un parce que l'Indien emploie 20.000 personnes et deux parce que le problème ne vient pas des industriels qui respectent les règles du jeu mais des règles du jeu elles-mêmes. Des règles à propos desquelles le candidat socialiste à la présidence nous avait promis qu'elles allaient changer sans que l'on voit venir le projet de loi en question lors de la campagne...

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